Droit de l’homme : le chef des droits de l’homme de l’ONU dénonce les renvois en mer de bateaux de migrants

Des bateaux de pêche comme ceux-ci au Bangladesh servent à transporter des passagers vers de plus grands navires qui naviguent ensuite vers la Thaïlande et la Malaisie. Photo HCR/S. Alam

Alors qu’environ 6.000 migrants rohingyas et bangladais seraient bloqués en mer dans l’Asie du Sud-Est, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a exhorté vendredi les gouvernements de la région à agir rapidement pour protéger leurs vies.

Le Haut-Commissaire a félicité l’Indonésie pour avoir débarqué 582 migrants le 10 mai, et la Malaisie pour en avoir débarqué 1.018 le jour suivant, mais a déclaré que les renvois qui ont également eu lieu mettaient des vies en danger.

« Je suis consterné par les rapports indiquant que la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie ont déjà renvoyé des bateaux remplis de migrants vulnérables vers la mer, ce qui va forcément aboutir à de nombreuses morts qui auraient pu être évitées. L’accent devrait être mis sur le fait de sauver des vies et non de les mettre davantage en danger », a-t-il dit.

Les informations selon lesquelles un autre bateau, avec à son bord des centaines de personnes se trouvant dans des conditions abjectes, aurait reçu des vivres avant d’être renvoyé en mer par la marine thaïlandaise jeudi sont « incompréhensibles et inhumaines », a-t-il ajouté.

Zeid Ra’ad Al Hussein a aussi déclaré être alarmé par des rapports selon lesquels des pays de la région menacent de criminaliser les migrants et demandeurs d’asile vulnérables ayant traversé les frontières de manière irrégulière. « Les gouvernements de l’Asie du Sud-Est doivent répondre à cette crise en partant du principe que les migrants, indépendamment de leur statut légal, de la manière dont ils arrivent aux frontières ou d’où ils viennent, sont des personnes qui ont des droits qui doivent être respectés. Criminaliser des personnes vulnérables comme celles-ci, dont des enfants, et les placer en détention n’est pas la solution », a-t-il dit

Selon le droit international des droits de l’homme et des réfugiés, les circonstances individuelles de tous les migrants et demandeurs d’asile devraient être évaluées aux frontières internationales et une protection adéquate leur être fournie, y compris en garantissant le respect du principe de non-refoulement, a poursuivi le Haut-Commissaire.

Il a aussi insisté sur la nécessité d’agir davantage contre les trafiquants et passeurs abusifs qui retiendraient entassés des milliers de migrants en mer dans des conditions horribles, avec un accès limité à une nourriture adéquate ou à de l’eau, les abandonnant en mer dans certains cas.

L’an passé, le nombre estimé de personnes ayant quitté le Myanmar et le Bangladesh aurait augmenté pour atteindre quelque 53.000 personnes. Environ 920 migrants ont péri dans le golfe du Bengale entre septembre 2014 et mars 2015. Il s’agit principalement de Rohingyas originaires de l’Etat de Rakhine, au Myanmar, qui fuient les persécutions, auxquels s’est ajouté un nombre croissant de migrants bangladais pauvres l’an passé.

« Tant que le gouvernement du Myanmar ne réglera pas la question de la discrimination institutionnelle contre la population rohingya, y compris l’accès égal à la citoyenneté, cette migration précaire continuera », a dit Zeid Ra’ad Al Hussein.

Le Haut-Commissaire a salué l’annonce de la tenue d’une réunion régionale sur les migrations irrégulières dans l’Océan indien organisée en Thaïlande le 29 mai et destinée à discuter de la crise actuelle.

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) s’est dit préoccupé par la situation des enfants et de leurs familles coincés sur les bateaux en mer.

« Ces enfants ont besoin et ont le droit à une aide et une protection de toute urgence », a dit l’UNICEF dans une déclaration à la presse.

L’agence onusienne a rappelé qu’en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par tous les pays d’Asie du Sud-Est, toute action qui peut avoir un impact sur les enfants doit être guidée par l’intérêt supérieur de ces enfants, peu importe qui ils sont et d’où ils viennent.

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