La pauvreté dans le monde devrait passer pour la première fois sous la barre des 10%, selon la Banque mondiale

Les 17 Objectifs de développement durable (ODD) du Programme de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU. Photo : ONU/Project Everyone

Les 17 Objectifs de développement durable (ODD) du Programme de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU. Photo : ONU/Project Everyone

5 octobre 2015 – Le nombre de personnes dans le monde vivant dans l’extrême pauvreté devrait passer pour la première sous la barre des 10% en 2015, selon des prévisions de la Banque mondiale publiées dimanche, alors que la communauté internationale vient d’adopter un Programme de développement durable avec pour objectif d’éradiquer l’extrême pauvreté à l’horizon 2030.

Ces prévisions reposent sur un nouveau seuil international de pauvreté, fixé à 1,90 dollar par jour, qui intègre de nouvelles données sur les écarts du coût de la vie d’un pays à l’autre. Ce nouveau seuil préserve le pouvoir d’achat réel du seuil précédent (1,25 dollar par jour aux prix de 2005) dans les pays les plus pauvres du monde. En se basant sur ce nouveau seuil (et des données récentes par pays sur les niveaux de vie), l’institution prévoit que le nombre d’individus pauvres dans le monde devrait passer de 902 à 702 millions entre 2012 et 2015 (soit de 12,8 à 9,6 % de la population mondiale).

Pour le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, ce recul marqué et continu de la pauvreté s’explique par la croissance soutenue dans les pays en développement depuis quelques années, ainsi que par les investissements dans l’éducation, la santé et les filets de protection sociale, qui évitent aux plus démunis de replonger dans la pauvreté.

Il a rappelé cependant qu’au vu du ralentissement de la croissance dans le monde et de la concentration des pauvres dans les pays fragiles et en conflit — sans parler de l’ampleur et de la profondeur de la pauvreté persistante — l’objectif de mettre fin à l’extrême pauvreté restait particulièrement ambitieux.

« C’est la meilleure nouvelle pour notre monde actuel, puisque ces prévisions prouvent que nous sommes la première génération de toute l’histoire de l’humanité en mesure de mettre fin à l’extrême pauvreté », a déclaré Jim Yong Kim.

« Ce recul annoncé de la pauvreté sous la barre des 10% doit nous insuffler un nouveau dynamisme et nous aider à privilégier plus que jamais les stratégies à l’efficacité avérée pour mettre fin à l’extrême pauvreté », a-t-il ajouté. « Certes, c’est un objectif particulièrement ambitieux, surtout en cette période de ralentissement de la croissance, de volatilité des marchés financiers, de conflits, de chômage des jeunes et d’impact grandissant du changement climatique, mais il reste à notre portée, tant que ces aspirations iront de pair avec des programmes conduits par les pays en faveur des millions d’êtres humains vivant dans le plus extrême dénuement ».

Depuis plusieurs décennies, trois régions concentrent l’essentiel de la pauvreté mondiale, avec un taux de pratiquement 95%: l’Asie de l’Est/Pacifique, l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne. Pour autant, la composition de la pauvreté y a considérablement évolué. En 1990, l’Asie de l’Est représentait la moitié des pauvres, contre quelque 15% en Afrique subsaharienne ; en 2015, la situation se serait pratiquement inversée, l’Afrique subsaharienne concentrant la moitié des pauvres du monde, contre environ 12% en Asie de l’Est. Si la pauvreté perd du terrain dans toutes les régions, elle s’aggrave et s’enracine dans les pays en conflit ou exagérément dépendants des exportations de matières premières.

La concentration grandissante de la pauvreté mondiale en Afrique subsaharienne est préoccupante. Tandis que certains pays d’Afrique sont parvenus à faire reculer la pauvreté, la région dans son ensemble a pris du retard par rapport au reste du monde. En Afrique subsaharienne, le taux de pauvreté serait passé, selon les estimations et les prévisions, de 59% en 1990 à 35% en 2015. Dans de nombreux pays, la démographie galopante freine les progrès.

Pour les différentes régions, la Banque mondiale prévoit un recul de la pauvreté en 2015 par rapport à 2012, dans les proportions suivantes : de 7,2 à 4,1% en Asie de l’Est et dans le Pacifique ; de 6,2 à 5,6% en Amérique latine et dans les Caraïbes ; de 18,8 à 13,5 % en Asie du Sud ; et de 42,6 à 35,2% en Afrique subsaharienne. La fragilité et les conflits sévissant dans les principaux pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord empêchent de disposer de données fiables sur la pauvreté.

 


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