Myanmar : les enfants rohingyas vivent dans des conditions épouvantables, selon l’UNICEF

9 janvier 2018 – Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a déploré mardi son incapacité à accéder aux enfants rohingyas dans l’Etat de Rakhine, au nord du Myanmar, alors que des informations indiquent qu’aucun des cinq principaux centres de santé de l’agence onusienne dans cet Etat ne fonctionnent et qu’il n’y a pas assez d’eau potable ou d’aide alimentaire distribuée.

Des enfants collectent de l’eau dans le camp de Kyein Ni Pyin, accueillant des déplacés rohingyas, dans l’Etat de Rakhine, au Myanmar (archives). Photo UNICEF/Thame

« Les organisations partenaires ont identifié une vingtaine d’enfants séparés de leur famille pendant les violences mais estiment que leur nombre total est d’au moins 100, dont la plupart se trouvent dans des zones au nord de l’État de Rakhine auxquelles elles n’ont toujours pas accès », a déclaré Marixie Mercado, une porte-parole de l’UNICEF, à l’issue d’une visite dans le pays du 6 décembre au 3 janvier.

« Avant le 25 août, nous soignions 4.800 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Ces enfants ne reçoivent plus ce traitement vital. Les 12 centres thérapeutiques ambulatoires gérés par nos partenaires sont fermés parce qu’ils ont été pillés, détruits ou que le personnel ne peut y avoir accès », a-t-elle souligné.

Mme Mercado a jugé « troublante » l’incapacité des agences des Nations Unies à accéder aux enfants rohingyas vulnérables vivant dans le nord du Myanmar. Alors que l’attention du monde est concentrée sur les 655.000 réfugiés qui ont traversé la frontière vers le Bangladesh, 60.000 enfants rohingyas restent « presque oubliés », piégés dans des camps sordides dans le centre de Rakhine.

Elle a souligné que l’UNICEF était prêt à travailler avec le gouvernement du Myanmar et les autorités de l’État de Rakhine pour fournir une aide humanitaire à tous les enfants, indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse, mais que l’agence avait besoin d’un accès illimité.

La porte-parole a décrit deux des pires camps qu’elle a visités, dans le canton de Pauktaw, accessibles seulement par un trajet en bateau de quatre à cinq heures.

« La première chose que vous remarquez quand vous arrivez dans les camps est la puanteur. Certaines parties des camps sont littéralement des cloaques. Les abris vacillent sur des échasses au-dessus des ordures et des excréments », a-t-elle raconté. « Les enfants marchent pieds nus dans la boue. Un responsable de camp a signalé quatre décès chez des enfants âgés de 3 à 10 ans au cours des 18 premiers jours de décembre ».

Mme Mercado a également souligné un niveau de peur aiguë entre les communautés. Des parents dans un village rohingya ont déclaré que leurs enfants n’avaient pas été vaccinés contre l’encéphalite japonaise parce que les vaccinateurs du gouvernement étaient accompagnés par des agents de sécurité, tandis que les employés du gouvernement ont dit qu’ils n’osaient pas aller dans les communautés rohingyas sans sécurité.