Sept ans de conflit en Syrie : « une tragédie humaine aux dimensions colossales », selon le chef du HCR

9 Mars  2018 – « Ces sept années de guerre laissent derrière elles une tragédie humaine aux dimensions colossales. Pour sauver des vies, il est grand temps de mettre fin à ce conflit dévastateur », a déclaré vendredi le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi.

HCR/Susan Schulman
Déplacés par les combats, des familles tentent de se faire une place parmi les bâtiments les plus endommagés de la ville d’Alep ravagée par la guerre.

« Il n’y aura aucun vainqueur évident dans cette poursuite insensée d’une solution militaire. Nous ne voyons que des perdants – et c’est la population syrienne », a ajouté M. Grandi.  Sept ans de combats ont ainsi coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, déplacé 6,1 millions de personnes dans le pays et forcé 5,6 millions d’autres à se réfugier dans les pays voisins de la région.

En Syrie, les prix de la nourriture ont été multipliés par huit par rapport à 2011. Environ 90% des ménages dépensent plus de 50% de leurs revenus pour cette raison. Les citoyens restés en Syrie sont près de 70% à être confrontés à une situation de pauvreté, de même qu’une large majorité de ceux qui ont fui dans d’autres pays de la région. Environ 5,6 millions de personnes sont confrontées à des menaces vitales en termes de sécurité, de droits fondamentaux ou de conditions de vie, et ont désespérément besoin d’aide humanitaire d’urgence.

Dégradation des conditions de vie de millions de réfugiés

Or sur le terrain, l’accès dans les zones assiégées « demeure cruellement insuffisant ». Selon le HCR, « des bombardements persistants ont forcé les camions à rebrousser chemin avant que la moitié des vivres destinés aux personnes qui ont faim n’ait pu être déchargée », dans la Ghouta orientale le 5 mars dernier.  L’agence onusienne se tient toutefois prête à « fournir sans délai une aide d’urgence à des centaines de milliers de personnes dans le besoin qui sont bloquées dans la Ghouta orientale et d’autres régions assiégées du pays ».

Mais cette détérioration de la situation à l’intérieur des frontières syriennes anéantit l’espoir de millions de réfugiés syriens vivant en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Égypte et en Iraq qui souhaitent rentrer dès que les conditions de sécurité le permettront. En attendant, les conditions de vie de millions de Syriens en exil se dégradent considérablement, et la grande majorité d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté. Plus des trois quarts des réfugiés vivant en milieu urbain en Jordanie et au Liban sont dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins fondamentaux en matière d’alimentation, de logement, de santé ou d’éducation. La part des enfants réfugiés scolarisés s’est accrue ces dernières années. Toutefois 43 % des réfugiés syriens en âge scolaire, parmi 1,7 million d’entre eux, ne sont toujours pas scolarisés.

Face à cette situation, une conférence internationale de soutien à l’avenir de la Syrie et de la région se tiendra à Bruxelles les 24 et 25 avril. Pour le chef du HCR, cette réunion devra déboucher sur des promesses fermes d’augmentation de l’aide financière et de l’appui au développement. « Tant qu’il n’y aura pas de solution politique au conflit, la communauté internationale doit augmenter ses contributions pour l’aide aux pays d’accueil », a déclaré Filippo Grandi qui a rappelé aussi le lancement en décembre 2017 du Plan régional 2018 d’aide aux réfugiés pour un montant de 4,4 milliards de dollars conçu pour venir en aide à la fois aux réfugiés et aux membres des communautés qui les accueillent.

Près de 70 attaques contre le secteur de la santé depuis janvier (OMS)

« Les souffrances sans relâche endurées par les civils syriens sont le reflet de l’échec honteux d’un manque de volonté politique et elles marquent une nouvelle phase au plus bas dans ce conflit sans fin – tristement entré ce mois-ci dans sa huitième année », a d’ailleurs déclaré le Haut-Commissaire . Selon M. Grandi, les civils et les infrastructures civiles – y compris les hôpitaux et les écoles – doivent être protégés à tout prix », a-t-il déclaré.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, les attaques contre les centres et les travailleurs de santé en Syrie sont en hausse depuis début janvier. Environ 67 ont déjà été vérifiées, contre 112 pour l’ensemble de l’année 2017. Sur les violences en janvier, 28 attaques ont été authentifiées par le nouveau mécanisme établi par l’OMS et trois doivent encore l’être.

Le mois suivant, 39 assauts ont été vérifiés sur les 43 incidents répertoriés. Parmi eux notamment, 28 ont eu lieu dans la Ghouta orientale et 10 à Idlib. L’ensemble de ces violences ont fait 19 tués, dont quatre travailleurs de santé, et 28 blessés. Selon l’OMS, ces attaques ont aussi empêché 15.000 consultations pour des personnes qui en avaient besoin rapidement et 1500 interventions.