Le chef de l’ONU appelle à rétablir la confiance alors que l’ordre mondial est de plus en plus chaotique

25 Septembre 2018 – A l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé mardi les Etats membres à rétablir la confiance dans un monde de plus en plus chaotique où les peuples ne se sentent pas en sécurité.

Photo ONU/Cia Pak
Le Secrétaire général de l’ONU António Guterres à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies.

« Notre monde souffre d’un grave syndrome, celui du déficit de confiance. Troublés, les peuples ne se sentent pas en sécurité. La confiance en est à un point de rupture : confiance dans les institutions nationales ; confiance entre États, ou confiance dans l’ordre mondial fondé sur des règles », a dit M. Guterres dans ce discours.

« Aujourd’hui, l’ordre mondial est de plus en plus chaotique. Les rapports de pouvoir sont moins clairs qu’auparavant. Les valeurs universelles sont érodées. Les principes démocratiques sont pris en otage. L´Etat de droit est compromis », a-t-il ajouté. « Nous sommes face à une série de paradoxes. Alors que le monde est plus interconnecté que jamais, les sociétés sont de plus en plus fragmentées. Les défis se mondialisent et les peuples se replient sur eux-mêmes. Le multilatéralisme est menacé au moment même où nous en avons le plus besoin ».

Selon le Secrétaire général, c’est la raison pour laquelle « les dirigeants ont le devoir de promouvoir le bien-être de leurs peuples ». « Mais il faut en faire plus. Ensemble, en tant que gardiens du bien commun, nous avons également le devoir de promouvoir et de soutenir un système multilatéral réformé, redynamisé et renforcé », a-t-il ajouté. « Nous devons renouveler notre attachement à un ordre fondé sur des règles, qui place l’Organisation des Nations Unies en son centre et s’appuie sur les institutions et les traités qui donnent vie à la Charte ».

« Le seul moyen d’avancer est l’action collective fondée sur le bon sens, pour le bien commun. Voilà comment nous rétablirons la confiance », a déclaré M. Guterres.

Photo ONU/Rick Bajornas
En 2017, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a visité Antigua-et-Barbuda pour constater les dégâts causés par des ouragans.

Les changements climatiques : une menace directe pour notre existence

Dans son discours, le Secrétaire général de l’ONU a en particulier évoqué ce qui constitue « une menace directe pour notre existence » : les changements climatiques.

« Nous sommes à un moment charnière. Si nous ne changeons pas de cap dans les deux années à venir, nous risquons de perdre le contrôle de la situation. Les changements climatiques vont plus vite que nous », a-t-il déclaré.

« Nous devons être plus ambitieux et faire preuve d’une plus grande urgence. Nous devons garantir la mise en œuvre de l’Accord de Paris », a-t-il ajouté. Dans cet accord sur le climat signé en 2015 dans la capitale française, les dirigeants mondiaux se sont engagés à faire en sorte que la hausse des températures ne dépasse pas de 2 degrés Celsius les niveaux préindustriels et s’approche de 1,5 degré.

Mardi, à la tribune de l’Assemblée générale, le chef de l’ONU s’est dit inquiet de voir que les récentes négociations de Bangkok sur des directives d’application de l’Accord de Paris se sont achevées sans progrès suffisants.

« La prochaine Conférence des Parties – COP24 –, qui se tiendra en Pologne, en décembre, est décisive. Il faut absolument qu’elle réussisse. Comme je l’ai dit récemment, les désaccords entre États Membres, qui nous ont paralysés à Copenhague, ne peuvent se reproduire à Katowice », a-t-il souligné. « Il est essentiel de maintenir le réchauffement climatique bien en-deçà de 2 degrés Celsius. Voilà pourquoi, en septembre prochain, je tiendrai un Sommet sur le climat pour mobiliser des volontés et des fonds ».

Promesses et dangers des nouvelles technologies

Les nouvelles technologies ont été également un thème abordé par le Secrétaire général dans son discours.

« Elles sont porteuses d’une grande promesse », a-t-il dit, notant que des domaines en évolution rapide tels que l’intelligence artificielle, la chaîne de blocs et la biotechnologie pourraient constituer le moteur du progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable.

Mais ces nouvelles technologies comportent aussi des risques et de graves dangers. « La technologie est utilisée à mauvais escient par des terroristes et à des fins d’exploitation sexuelle et de maltraitance », a dit M. Guterres. « Les réseaux criminels organisés, tapis dans l’ombre de la toile, profitent du codage et des paiements quasi anonymes effectués en cryptomonnaie pour se livrer à la traite de personnes et à la contrebande ».

« Les actes de malveillance dans le cyberespace – tels que les campagnes de désinformation – divisent les communautés et sapent la confiance entre les États », a-t-il ajouté. « De plus en plus de personnes obtiennent leurs informations de sources ou de réseaux sociaux qui se font l’écho de leurs vues, renforcent le tribalisme et les assurent qu’elles ont raison et que les autres ont tort ».

Le chef de l’ONU s’est enfin inquiété de « l’arsenalisation de l’intelligence artificielle ». « La perspective que des armes puissent d’elles-mêmes choisir et attaquer une cible suscite de multiples inquiétudes – et pourrait déclencher une nouvelle course aux armements », a-t-il déclaré.