Financement du développement: les pays donateurs réaffirment leurs engagements financiers et demandent l’adoption du projet de document final « tel quel »

La deuxième journée de la Conférence sur le financement du développement qui se tient jusqu’au 16 juillet à Addis-Abeba, en Éthiopie, a été marquée par la promesse des principaux pays donateurs de l’aide publique au développement (APD) de consacrer une partie de leur produit intérieur brut (PIB) à cette aide dont le rôle « central » et « catalyseur » a été souligné par les pays récipiendaires.  La cible ambitieuse de 1% a été évoquée par plusieurs délégations.

Ces pays donateurs ont également demandé l’adoption du projet de document final « tel quel », futur « cadre global du financement du développement pour l’après-2015 » qui est toujours en négociation.  Ils ont estimé, à l’instar du représentant des États-Unis, qu’il était « équilibré » et « robuste ». « Lorsque les délégations ne sont pas unanimes, cela prouve généralement que nous avons atteint ce qui est politiquement possible », s’est résigné le Ministre des affaires étrangères de la Norvège.

L’APD, source traditionnelle du financement du développement qui s’est élevée à 135 milliards de dollars en 2014, a été au cœur des interventions de la cinquantaine de délégations à s’être exprimées aujourd’hui.  Affirmant que le Luxembourg consacrerait 1% de son PIB à l’APD, le Ministre luxembourgeois de la coopération au développement a emboîté le pas au Premier Ministre de la Suède, qui avait été applaudi hier après une annonce similaire.

Cette cible de 1% est une « preuve de solidarité » de la part des pays développés, a estimé le Ministre des affaires étrangères du Guatemala, alors que le Vice-Premier Ministre de la Turquie expliquait que le développement n’était plus « une question de charité ». Le Liechtenstein consacrera désormais 0,75% de son PIB à l’APD, tandis que l’Union européenne, qui fournit plus de la moitié de l’APD mondiale, s’est dite déterminée à atteindre, d’ici à 2030, l’objectif de 0,7%. Le Premier Ministre italien a promis que son pays deviendrait en 2017 « le champion de l’APD ».

Les petits pays et les pays à revenu intermédiaire ont également été encouragés à consacrer une partie de leur revenu à l’APD, notamment par la Vice-Premier Ministre de la Croatie, qui a indiqué que « tout le monde était gagnant » pour autant que cette APD ne soit pas perçue comme « arrogante » et qu’elle s’articule autour de véritables partenariats.  Même son de cloche du côté du Ministre des finances  du Malawi, qui a dit se souvenir des différences d’opinion entre pays récipiendaires et partenaires de développement, « les seconds se transformant en mentors et en superviseurs et provoquant un certain ressentiment chez les premiers ».

Le Ministre du développement social de l’Équateur s’est opposé catégoriquement à l’idée que la coopération Sud-Sud et les transferts des salaires des migrants soient considérés comme un substitut de l’APD.  « C’est là un subterfuge que les pays développés peuvent employer pour échapper à leur obligation ».  Les pays ont été nombreux à souligner les caractéristiques que devait revêtir cette aide pour être efficace, à l’instar du Ministre des finances de la Sierra Leone qui a estimé que cette aide devait « être intelligente et se concentrer sur les « orphelins de l’assistance » et non pas sur les pays géopolitiquement importants « comme cela est le cas ». « L’APD est plus efficace lorsqu’elle utilisée comme levier », a expliqué le Secrétaire d’État au trésor des États-Unis, ajoutant que son pays œuvrait de plus en plus en tant que facilitateur de partenariats avec le secteur privé.

Mais les distorsions dans l’allocation des capitaux privés ont été abordées par de nombreux intervenants, dont la Vice-Premier Ministre de la Serbie, qui a dressé un parallèle entre les montants colossaux  des actifs financiers internationaux -212 mille milliards de dollars – et les taux de chômage élevés dans de nombreux pays.  Seule une fraction de cette somme est nécessaire pour financer le programme de développement, a relevé le Ministre des finances de l’Ouganda, qui a appelé de ses vœux l’adoption d’un mécanisme de financement hybride mélangeant ADP et prêts commerciaux « afin d’amener le coût du crédit à un niveau raisonnable».

D’autres propositions visant l’augmentation des ressources en faveur du financement du développement ont été avancées, en particulier par le Ministre des finances de l’Arabie saoudite qui a affirmé que le financement islamique pouvait servir cet objectif, en raison de son faible coût et par la Ministre des affaires étrangères du Liechtenstein qui, se faisant l’écho de nombreuses délégations, a réclamé « une mobilisation massive des ressources domestiques ». Une proposition jugée « irréaliste » par le Vice-Premier Ministre de Tuvalu, alors que de nombreux pays, tels que la Colombie, ont demandé une plus grande coopération internationale afin de lutter contre l’évasion fiscale et le renforcement des capacités nationales de collecte de l’impôt.

Les pays donateurs de l’APD ont demandé l’adoption « tel quel » du projet de document final qui présente « tous les ingrédients essentiels » pour le Ministre du développement international du Canada. « Si l’on ouvre à nouveau la négociation sur le document, cette Conférence pourrait alors être en péril », a-t-il jugé, alors que l’Union européenne s’est dite prête, dans un esprit de compromis, « à adopter ce texte tel qu’il est ».

« Ce document doit réaffirmer l’importance de l’APD, faire la distinction entre le financement du programme de développement durable et celui de la lutte contre les changements climatiques et entériner la transformation du Comité d’experts sur la coopération en matière fiscale en un organe intergouvernemental », a demandé le Ministre des finances de l’Afrique du Sud, qui s’exprimait au nom du Groupe des 77 et de la Chine.  Le représentant de l’État de Palestine s’est dit étonné que le document ne mentionne pas le droit au développement des peuples vivant sous occupation.

Les délégations se sont en revanche toutes accordées sur la nécessité d’aboutir à un accord, afin que 2015 ne soit pas seulement une année historique pour le développement mais soit également, selon le souhait du Vice-Premier Ministre de la Slovaquie, comme étant « une année révolutionnaire ».

Consulter les déclarations des pays ICI

Cet article est disponible en anglais

Vidéos de la 2ème journée :  

Imad Najib Fakhoury (Jordan), 3rd Plenary Meeting

Mohamed Boussaid (Morocco), 3rd Plenary Meeting

Hind Subaih Barrak Al-Subaih (Kuwait), 3rd Plenary Meeting

Kamal Al-Hassi (Libya), 4th Plenary Meeting

Jawad Naji (Palestine), 4rd Plenary Meeting

Round table 2: Ensuring policy coherence and an enabling environment at all levels for sustainable development

Realizing the Vision: Beyond the money – Press Conference, 3rd International Conference on Financing for Development, Addis Ababa

Canada and MasterCard – Press Conference, 3rd International Conference on Financing for Development, Addis Ababa

Spokesperson’s Daily Briefing (14 July 2015) – 3rd International Conference on Financing for Development Addis Ababa

Round table 3: Global partnership and the three dimensions of sustainable development