Réfugiés rohingyas : l’ONU a besoin de 920 millions de dollars pour leur venir en aide

15 février 2019  –Les agences humanitaires des Nations Unies et les ONG partenaires ont lancé vendredi à Genève un appel de fonds de 920 millions de dollars afin de répondre aux besoins humanitaires aux réfugiés rohingyas.Le financement sollicité par l’ONU et ses partenaires doit permettre de poursuivre l’assistance apportée aux plus de 900.000 Rohingyas réfugiés au Bangladesh ainsi qu’aux 330.000 Bangladais des communautés d’accueil également en situation de vulnérabilité.

Photo : OIM/Olivia Headon
Un camp de réfugiés rohingyas à Cox’s Bazar, au Bangladesh.

Le chef de l’Agence des Nation Unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, espère que les contributions demandées seront reçues dans « les meilleurs délais, prévisibles et flexibles, afin de répondre aux objectifs de l’appel de fonds pour cette année ».« Aujourd’hui, notre impératif humanitaire est de stabiliser la situation des réfugiés rohingyas apatrides et celle des communautés bangladaises qui les accueillent » a déclaré M. Grandi.

Le Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), António Vitorino s’est dit encouragé par la réaction de la communauté internationale lors de la présentation de l’appel de fonds. « Nous voyons cela comme un début, mais c’est vraiment un bon début », s’est félicite le chef de l’OIM.

L’aide et les services essentiels, tels que la nourriture, l’eau, des installations d’assainissement et des abris, représentent plus de la moitié des besoins de financement pour l’année 2019. D’autres secteurs clés de cet appel de fonds concernent la santé, la gestion de site, les activités de protection – notamment la protection des enfants ou la prévention de la violence sexuelle et sexiste – l’éducation et la nutrition.

Depuis août 2017, plus de 745.000 Rohingyas ont fui l’État de Rakhine, au Myanmar, pour échapper aux violences et ont trouvé refuge au Bangladesh voisin Dans la région de Cox’s Bazar frontalière du Myanmar, ils ont rejoint environ 200.000 Rohingyas déracinées lors de précédents cycles de violences.

De nombreuses vies humaines ont pu être sauvées

Grâce à la générosité et à l’aide des autorités et des communautés locales du Bangladesh, « des besoins vitaux ont pu être satisfaits et de nombreuses vies humaines ont été sauvées », a rappelé le chef de l’OIM. « Aujourd’hui, nous renouvelons notre engagement à répondre aux besoins urgents de cette population et nous demandons à la communauté internationale de soutenir ces efforts », a ajouté M. Vitorino.

Pour le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), la poursuite de l’aide humanitaire aux réfugiés rohingyas est essentielle. « Sans un approvisionnement alimentaire stable, la protection n’est tout simplement pas possible », a expliqué le porte-parole du PAM, Hervé Verhoosel, lors d’un point de presse à Genève. « Si la sécurité alimentaire des populations en pâtit, cela entraînera une détérioration rapide des mesures de protection », a-t-il prévenu.

En 2018, le Plan d’action humanitaire pour les réfugiés rohingyas a été financé à hauteur de 69% (655 millions de dollars sur les 950 millions demandés).

Au cours des 12 derniers mois, les agences humanitaires ont fourni une aide de première nécessité et amélioré les conditions de vie dans les camps. Près de 860.000 réfugiés reçoivent régulièrement une aide alimentaire mais seulement 240.000 personnes sont en mesure de diversifier leur régime alimentaire avec autre chose que le colis minimum contenant du riz, des lentilles et de l’huile.

Mais la prévalence de la malnutrition aigüe globale, qui avait atteint des niveaux d’urgence fin 2017, est retombée sous le seuil d’urgence (passant de 19% à 12%), la sécurité alimentaire s’est améliorée, la couverture vaccinale est passée à 89%, et le taux d’accouchement dans des centres de santé a augmenté de 22% à 40%.

Le HCR appelle le Myanmar à prendre des mesures pour lutter contre les causes profondes de la crise

Malgré les récentes améliorations de leurs conditions de vie, les Rohingyas vivent toujours dans une extrême précarité. Une situation qui selon l’ONU, rappelle la nécessité de leur fournir un appui durable. Jusqu’à ce que les causes profondes des déplacements de population au Myanmar soient réglées et tant que les réfugiés ne sont pas en mesure de rentrer volontairement chez eux, en sécurité et dans la dignité, la communauté internationale doit continuer à répondre aux besoins des réfugiés.

C’est dans ce contexte que M. Grandi a renouvelé son « appel envers le Myanmar afin que celui-ci prenne rapidement des mesures pour lutter contre les causes profondes de cette crise, qui dure depuis des décennies, afin que les gens ne soient plus obligés de fuir et qu’ils puissent finalement rentrer chez eux en sécurité et dans la dignité ».

« Nous encourageons les pays de cette région, et au-delà, à faire preuve de solidarité envers le Bangladesh et à aider le Myanmar en vue d’entamer la mise en place des conditions nécessaires pour permettre un retour librement consenti, en sécurité et dans la dignité des réfugiés rohingyas », a dit le Haut-Commissaire.